7. Les particularités animales et la phytothérapie

 

a) Particularités des animaux suivant leur régime alimentaire :

 

Les carnivores ont un régime de base carné, ce qui fait qu’ils fonctionnent sur un « mode acide » (pH  inférieur à 7, allant de  5,5 à 6,5).

A l’opposé, les herbivores tels le cheval, se nourrissent exclusivement de végétaux et leur organisme travaille plutôt sur un « mode alcalin » (alcalin = basique = inverse de l’acide ; pH supérieur à 7 et allant jusqu’à 8,5).

Entre les 2, les omnivores que sont l’homme et le porc, se nourrissant aussi bien de viande que de végétaux, ont un mode d’activité métabolique agissant sur un niveau neutre (pH aux alentours de 7).

Cette différence de niveau d’acidité résultant directement de l’alimentation est essentiel, car cela implique pour chaque espèce des mécanismes spécifiques, aussi bien pour les fonctions métaboliques que pour les réactions de défense par rapport aux pathogènes (microbes, bactéries, parasites,….).

Quelques exemples :
– normalement, l’acidité du cérumen des oreilles protège naturellement les chiens et les chats des parasites microscopiques provoquant la gale d’oreilles ; mais comme les chiens ou chats nourris aux croquettes ont un régime alimentaire trop alcalin (les céréales alcalines constituent la base des croquettes), leur cérumen des oreilles n’est alors pas assez acide et ils développent plus facilement cette maladie. Le nettoyage des oreilles avec une solution légèrement acide, ainsi qu’une alimentation adaptée (et naturellement acide comme la viande, la sauce tomate, le yaourt,…) va alors tout faire rentrer dans l’ordre (HE de lavande vraie pour le chien, la forme hydrolat pour le chat).

– la majorité des calculs urinaires chez les carnivores sont plutôt de type alcalin (car croquettes trop alcalines) ; le traitement consistera à rectifier l’alimentation et à donner des plantes acidifiantes (canneberge,…).

– les chevaux fonctionnent normalement sur le mode alcalin ; or beaucoup de maladies résultent d’une acidité temporaire (par exemple : trop de grains ou les jeunes pousses d’herbes trop vertes fermentent et  enflamment la paroi de l’estomac, ce qui provoque des gastrites et ulcères gastriques). Un traitement utilisant des nutriments et/ou des plantes alcalinisantes permet de résoudre rapidement beaucoup de cas.

(Vous pouvez aussi lire l’article « Problèmes d’oreilles chez les chiens et les chats »).

               

b)  Très grande variation de taille et de poids selon les animaux :

Chez tous les animaux, on est confronté à une très grande variation de poids et de taille suivant l’espèce ou la race.

Exemples :
Pour les chiens, on peut aller du mini-Chihuahua de 500 g (vous lisez bien !) au Terre Neuve pouvant atteindre 80 kilos.

Pour les chats, on va de mini-gabarits de 2 kg à certains très grands (gros) chats plafonnant à 10 – 12 kg.

Les chevaux ne sont pas en reste, puisque le petit Falabella de quelques dizaines de kg fait partie de la même espèce équine que les superbes chevaux de traits atteignant 1 tonne !

Et même les bovins ont une très grande variété de poids, allant de 500 kg en moyenne pour une vache à près de 2 tonnes pour les taureaux les plus lourds.

La conséquence est directe : il y a difficulté pour fixer la posologie !

Par chance, comme dit précédemment (voir Chapitre 5: « Différences importantes entre plantes et médicaments chimiques »), les plantes fonctionnent avec un mode de messagerie de type qualitatif, ce qui simplifie parfois ce problème de poids chez les animaux car on est moins « dose-dépendant » en phytothérapie qu’en pharmacie chimique classique.

Ainsi par exemple, pour un mélange de plantes sèches pour un gros chien de 60 kg ou un cheval de 600 kg, la posologie sera de 15 g/jour en dose d’entretien, alors que la variation de poids entre ces deux animaux est d’un facteur 10 !

Ce problème de posologie ayant une conséquence directe sur l’utilisation de la phytothérapie, ce point sera abordé plus en détail dans le Chapitre 9 : « Le dosage pour les différentes espèces animales ».

                    

c) Olfaction et gustation :

Les animaux ont un sens de l’olfaction particulièrement développé, surtout chez les carnivores.
Or comme ils se servent de leur odorat pour accepter ou non telle ou telle nourriture, la moindre substance « suspecte » dans leur alimentation les feront rechigner à l’avaler. D’autant plus quand leur sens du goût confirmera leur suspicion, et c’est le cas avec les plantes, puisque leur amertume est parfois assez marquée.

Cela peut évidemment être un frein quant à l’utilisation de la phytothérapie chez nos compagnons à 4 pattes.

Néanmoins, les remèdes par les plantes sont tellement efficaces, et parfois sont les seules solutions disponibles pour certaine maladies que cela vaut vraiment le coup d’insister un peu pour arriver à les faire avaler à nos animaux.
Que ce soit en les mélangeant avec leur nourriture, ou en rusant par l’incorporation avec une gourmandise qu’ils ne refuseront pas, ces traitements seront quand même ingurgités.
Evidemment, la prise orale de mélanges phytothérapeutiques est plus facile chez les herbivores de par leur habitude à manger des plantes.

 

Il est très intéressant de signaler que le plus souvent, après 1 ou 2 jours, on assiste à une acceptation fréquente de ces plantes, un peu comme si l’animal fait rapidement le lien entre le goût un peu bizarre et le bénéfice pour son organisme.

Enfin, dans les phyto-préparations de Phyto-animaux, l’ajout de nutriments parfois appétents pour compléter « la formule » aide le mélange à être plus facilement ingéré.

Le problème de l’olfaction est surtout plus important pour les huiles essentielles, puisque c’est justement cette particularité qui est caractéristique des HE, grâce à la très haute concentration en principes actifs.
Si leur usage oral est déconseillé (ou à réserver aux spécialistes en aromathérapie vétérinaire), l’ingestion accidentelle est fréquente, surtout chez les carnivores.
En effet, que ce soit le chien qui veut se débarrasser d’une pommade « qui sent trop mauvais sur sa peau » ou le chat qui fait sa toilette quotidienne, il arrive souvent que les huiles essentielles atterrissent sur le palais de nos compagnons.
D’où l’intérêt d’utiliser les HE les moins toxiques possibles, et sous une forme diluée adéquate, limitant le risque toxique en cas d’ingestion, même non voulue.

                   

d) Métabolisation :

  • Le cas du chat :

La métabolisation est le processus de transformations des molécules en une forme qui permet leur élimination définitive par le corps.
Cette métabolisation concerne aussi bien les déchets de l’organisme que les substances « étrangères » ingérées comme les médicaments, les plantes,…

La métabolisation se fait essentiellement par le foie, d’où l’intérêt que cet organe soit fonctionnel tout le temps, impliquant un drainage régulier (minimum une fois par an ; lire les 2 articles concernant le « Drainage de l’organisme« ).

Chez les animaux comme chez l’homme, ces transformations se font en plusieurs étapes, grâce à diverses réactions biochimiques et selon des processus complexes.
Pour résumer très simplement ces étapes, on peut dire que la métabolisation se passe en 2 grandes phases (la phase I et la phase II), elles-mêmes constituées de plusieurs grandes voies de transformation dont 2 principales (glucuronoconjugaison et sulfonoconjugaison).

Si le métabolisme du chien et du cheval est très similaire à celui de l’homme, le chat constitue une exception très problématique, puisqu’il n’a, lui, qu’une seule de ces 2 voies qui fonctionne vraiment, ce qui le rend très sensible à beaucoup de substances qui sont très vite toxiques pour lui.

Un exemple très révélateur :
l’aspirine a son temps de demi-vie (sa vitesse d’élimination en quelque sorte) de 6 heures chez le chien ou chez l’homme, mais elle est de 36 h chez le chat, donc cela prend 6 fois plus de temps pour le chat de se débarrasser de ce principe actif !
Il est alors compréhensible que si le chat absorbe chaque jour (toutes les 24 h) une dose d’aspirine, il n’aura non seulement pas le temps de l’éliminer, mais en plus, il va l’accumuler, ce qui explique sa toxicité chez l’espèce féline !

Et chez le chat, c’est le cas pour tout un tas de substances, notamment beaucoup de molécules contenues dans les huiles essentielles (composants benzéniques, substances à noyau aromatique, phénols,…).

  • Les animaux malades, vieux, sous traitement,… :

Il est évident que les animaux vieux et/ou malades ont des organes affaiblis, notamment le foie et les reins, ce qui freine d’autant la métabolisation et l’élimination des molécules étrangères.
Chez eux, il faut en tenir compte, même s’ils n’ont pas de symptômes correspondants (on peut avoir un foie « fatigué » sans pour autant être jaune d’ictère), notamment en choisissant des plantes adéquates, éventuellement drainantes, et en adaptant la posologie à leur cas.

                  

e) Elimination :

Après la métabolisation, il y a élimination des déchets définitifs, qui se fait essentiellement par voie rénale. Pour rappel, le foie et les reins sont 2 émonctoires importants.

Le problème, c’est que les reins sont un vrai point faible chez les carnivores (pour avoir une idée, 30% des chats décèdent d’insuffisance rénale).

Il faut donc éviter de surcharger le travail de ces organes, en choisissant des plantes adéquates et en évitant des plantes ou des traitements inutiles, longs, lourds, ce qui est un argument de poids pour le principe de base de la phytothérapie : préférer des cures courtes et discontinues, pour justement éviter d’alourdir le travail de ces organes de métabolisation et d’élimination (voir Chapitre 9 : « Le dosage pour les différentes espèces animales »).

 

Dr. Ariane

Phyto-animaux

 

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